« Préparez vous au largage ! »
Le sergent instructeur avait hurlé dans la soute du Pélican. Ils étaient tous là. La Compagnie Gamma. Des enfants, la plupart avaient à peine ce que l'on appelle encore communément l'âge de raison. Mais il n'y a pas d'âge pour mourir. Ou pour côtoyer ce fléau qu'est la guerre. Tous avaient perdu des êtres chers dans cette guerre. Des parents, des frères, des amis... Les Covenants ne faisaient pas la distinction et les massacraient tous, sans pitié. J'étais seul.
« Recrue ! Vous passez en premier ! »
C'était désormais une question de volonté. La vengeance, m'importait peu. Je savais que les miens reposaient en paix. J'étais encore en vie, dans un monde en guerre. Nous avions été choisi. L'intérieur du vaisseau de largage était vaguement éclairé par la lueur rouge du signal de saut. Mon parachute, trop serré, sciait mes maigres épaules. La neige fouettait mon visage nu, et le vent faisait onduler mes cheveux mouillés par la tempête qui s'engouffrait à l'intérieur du transporteur.
« Recrues, n'oubliez pas que le plus dur n'est pas la chute, mais de se relever une fois en bas! En avant ! »
La fatigue accumulé au cours des interminables voyages qui avaient déjà marqué ma courte vie tentait une dernière fois de me retenir. Mes jambes lourdes et mes bras pesant se mirent en action. Je courus, franchissant les quelques pas qui me séparaient du vide. Mon corps semblait défier les lois de l'apesanteur durant quelques secondes. Ce sentiment fut éphémère, aussi éphémère que les premières neiges d'Automne.
Les différentes saisons passés sur les multiples planètes colonisées par les humains avec mes parents ressurgirent dans ma mémoire. J'étais née sur Terre. Ma famille était de culture slave, et voyageait beaucoup. Mon père occupait un poste d'ambassadeur, et ma mère l'assistait. Harvest était une colonie récente, qui peinait à se stabiliser. Ils reposent désormais là bas. C'est tous ce dont je me souvenais d'eux à cet âge. Même Ходок, mon vrai nom, m'a été enlevé.
Je risquais un regard vers les autres. Les plus courageux avaient sauté, tous selon les conseils que l'on nous avait donné en embarquant avaient les bras le long du corps et attendait d'être à la bonne hauteur. Trop tôt, nos parachutes se mettraient en torche, trop tard ils ne seraient d'aucune utilité. Les paysages montagneux d'Onyx sous la neige étaient magiques. Je ne ressentis plus jamais cette sensation de liberté que j'ai découverte durant ce saut.
« Ses parents sont morts sous ses yeux. Il connait l'odeur de la poudre, la vue du sang, la chaleur du plasma. Et vous voulez qu'il revive ça toute son existence ? »
« Nous sommes en guerre. »
L'homme ressemblait à un guerrier des mythologies grecques dans son armure. Et il avait raison. Même à 7 ans, on peut comprendre ce qu'est la guerre. On ne peut faire de choix, mais on peut accepter ceux que l'on fait pour nous. Mes parents s'étaient sacrifiés. Ils ont choisi que je vive. Le mitrailleur du pélican à qui il avait adressé la parole dut se résoudre à me laisser partir. Il avait pris soin de moi depuis que j'étais seul, et jamais je ne pourrais l'oublier.
« Tu me manqueras. Promets moi d'être prudent. »
« Promis. »
Ils m'avaient demandé mon prénom. Je l'avais prononcé dans ma langue natale, mais le sergent instructeur tira une tête pas possible et me beugla de répéter. Je traduisit donc "Walker", malgré mon accent slave encore trop prononcé. L'homme compris "Valcker", et inscrivit ce nouveau nom sur mon dossier. Mon passage sur Onyx n'étant que temporaire, une autre génération de combattants s'y trouvait déjà. Ainsi, je joignit avec les autres élus une base de réfugiés au statut un peu particulier.
Les orphelins et sans familles. Les blessés et les morts. Tous ceux dont l'âme déchiré par la guerre ne leur permettait plus qu'une chose. Haïr. Combattre. Tuer. Leur vie n'est que douleur. J'ai souffert. Je veux tout comme eux lutter pour préserver le reste de l'humanité d'un sort identique au mien. C'est ainsi que j'interprète aujourd'hui mes pensées. Je n'étais qu'un gamin. Je suis tombé amoureux d'une danseuse.
Nous nous sommes rencontré dans ce lieu où toutes les blessures étaient guéris d'une seule manière. Par la vengeance. Je la découvre encore chaque jour qui passe, tout comme elle le fait avec moi. Inséparable, nous sommes tout deux devenu soldats, puis helljumpers, poussé à cela depuis notre rencontre. Après diverse missions, étant suivis tout deux de près dans l'ombre, attendant tout deux que l'homme en armure vienne nous choisir.