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Carl Sorince
Marines, Forces Spéciales, Adjudant-chef


Nombre de messages : 634
Age : 21
Localisation : Planqué derrière mes hommes.
Humeur : Oh...Ohoh...Vous voulez vraiment savoir ce qui se passe dans ma tête?
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MessageSujet: 2560   Mer 30 Sep 2015 - 16:07

préambule:
 

Avance rapide. Pause.
Lancement.
La forme dans le coin de la pièce se lève à l'heure du repas, derrière-elle, une fenêtre triplement renforcée laisse entrevoir un paysage gris, sans âme. Les infirmiers entrent à trois et commencent à balbutier des mots que l'enregistrement vidéo ne retransmet pas. La silhouette s'avance docilement, la tête baissée, ses longs cheveux gris masquant en partie un visage marqué par le temps. Ils échangent des regards entendus, puis s'approchent pour la saisir.
Tout se déroule trop vite. Lorsque le premier infirmier lui touche l'épaule, le patient semble perdre toute contenance. Il glisse entre les mains du soignant, et se jette sur celui qui lui fait face tout en expédiant son bras droit -sortie on ne sait comment de sa camisole de force- dans la mâchoire du troisième pauvre type ayant tenté, bêtement, de s'interposer.
Il mord. Profondément, trop profondément...Et tord cruellement sa gueule hérissée de crocs pour arracher le plus de chair possible avant de finalement lâcher prise.
Pause.
L'image se fige au moment où un flot d'hémoglobine jaillit de la gorge ouverte d'un pauvre infirmier.


Alexey ficha sa main droite dans la poche de son pantalon en pestant intérieurement. Cette foutue tremblote le reprenait. A sa droite, Fergusshon grattait nerveusement un crâne dépourvu de cheveux, son visage balafré renvoyant une expression à mi-chemin entre l'amusement et la surprise. Comme d'habitude, ce fut lui qui brisa le silence :
"-Qui aurait cru qu'un évènement pareil pourrait le faire réagir."
Assit en face du duo de vétéran, le docteur Clark nettoya ses lunettes avant d'ajouter.
"-Il n'a jamais été aussi virulent. Il refuse de prendre ses médicaments, il refuse de manger, de boire. Durant la coupure de courant de la semaine dernière, on l'a retrouvé à table avec un stagiaire, qu'il avait attaché avec les lambeaux de sa propre camisole de force. Heureusement le petit n'a rien eut, si ce n'est une petite ecchymose au poignet, nous sommes intervenus avant que les choses n'empirent, mais tout de même...
-Ouai."
Alexey s'éclaircit la gorge puis posa sa main valide sur le bord de la table où était assit le docteur.
"-Que comptez-vous faire pour lui...Je veux dire, après...
-Vous savez, normalement je devrais dire "on va attendre qu'il se calme, ils se calment toujours". Mais c'est de lui dont il s'agit et...
-Il ne se calmera pas.
-Exactement. La famille du blessé."Le docteur pointa du doigt l'image figé du pauvre infirmier."Exige qu'il soit punit. Et ce n'est pas la première. Je ne pourrais pas lui éviter la mort éternellement, je risq..."
Une ombre se mit à onduler derrière le duo Fergusshon/Alexey, et la voix de cette dernière, froide, dépourvue du moindre sentiment, intervint :
"-Nous savons tous ce que vous risquez, docteur. Inutile de nous le rappeler. Vous avez toute notre gratitude."
Fergusshon toussa deux fois avant d'ajouter :
"-Ainsi que celle de mademoiselle Rosenwald, bien sûr."
A ces mots, le visage crispé du principal concerné se détendit un peu. Clark était un homme d'âge mur, comme eux tous, au dos vouté, aux cheveux prématurément blanc et à l'inverse des vétérans face à lui, le docteur avait mit depuis longtemps au placard toute forme de prestance. Sa chemise blanche peinait à retenir l'énorme globe de chair mou qu'était son ventre, ses gros doigts boudinés demeuraient constamment noirs de saletés, sans parler de ses habits négligés étant, au mieux, constamment froissés, au pire, recolorés par d'imposantes auréoles de sueurs.
Pourtant, malgré l'épave qu'était devenu son corps, ce pauvre imbécile croyait dur comme fer que son ancienne collègue, Mila, qui, de son coté, s'acharnait à se maintenir en forme, envisageait de s'offrir à lui, un jour.
La crédulité de ce pauvre docteur restait l'un des sujets de conversation favoris des derniers sanglots, lors des rares moments où ils se retrouvaient pour discuter. Habituellement, lorsque ce dernier était finalement abordé, des rires méchants ne tardaient pas à se faire entendre.
Ce qui expliquait pourquoi Fergusshon dissimulait son sourire derrière un bâillement exagéré tandis qu'Alexey fixait ses chaussures sans un mot. Seul l'ombre derrière-eux restait stoïque.
Comme toujours.
"-Avant que vous ne me confirmiez votre décision, je tiens à rappeler qu'engager une conversation avec lui, dans son état actuel, pourrait se révél...
-On a vu pire docteur, croyez-moi." Coupa Fergusshon.
L'intéressé observa de haut en bas la gueule cassée souriante qui venait de l'interrompre, puis haussa les épaules en attrapant un trousseau de clés traînant sur la table.
"-Bien, suivez-moi."

***

Les couloirs d'hôpital se ressemblaient tous.
Murs blancs, carrelages blancs, néons insupportablement puissant. Trop de luminosité, d'austérité. Mila avait raison sur ce point : Le pire des champs de bataille semblait bien plus avenant que le moins miteux de ces...Etablissements. D'autant que dans les deux cas, on entendait de déchirants cris de souffrances.
Alexey voyait bien que son comparse plus jeune s'amusait comme un fou, il passait sa langue sur ses dents en pointes à chaque plaintes, à chaque hurlements, exactement comme l'aurait fait le boss, à l'époque. Et pendant un court instant, le vieux tireur d'élite jalousa cet état de quasi-hystérie, que sa propre personne ne ressentait plus depuis longtemps.
C'était normal bien sûr. Mike Fergusshon était encore en service jusqu'à l'année dernière, alors que lui...Lui...
A cause de cette foutue grenade, de sa rate et de sa hanche ravagée, on l'avait mit au placard douze ans auparavant. Douze ans. Douze putains d'années, aux trois premières consacrées uniquement et simplement à la rééducation dans le but de pouvoir, un jour, de nouveau aller chier sans l'aide de quiconque.
Maintenant...Les cris de souffrance ne faisait qu'augmenter celle qui parcourait éternellement la partie gauche de sa boite crânienne.
Mike, de son unique œil, lui envoya un regard enjoué, un regard de chien-fou. Le même depuis toujours. Celui d'un gosse cruel dans un corps d'adulte, tentant de faire croire aux autres que les actes de son cinglé de père ne l'avaient pas marqués.
Alexey soupira alors qu'une paire de mains tordues s'écrasait contre la vitre d'une porte, sur sa gauche, le malade à l'intérieur se mit à cracher un flot ininterrompu d'insulte à l'encontre des vétérans. Histoire d'être sûr, l'ancien sniper des sanglots jeta un coup d'œil au-dessus de la porte, là où était inscrit le nom du résident :
S. Vickers.
Rien à voir avec le patient recherché.
Dans son dos, l'ombre qui les suivait ricana et les poils d'Alexey s'hérissèrent à l'entente de cela. Le vétéran ne s'était jamais considéré comme un enfant de chœur facilement impressionnable, mais la présence de ce type dans son dos arrivait toujours à le mettre mal à l'aise. D'autant que, jusqu'à maintenant, il avait complètement oublié sa présence. Fergusshon aussi, d'ailleurs, à en juger le sursaut de ce dernier. Le vieux tireur d'élite se doutait qu'à force, ce salopard derrière ne faisait même plus exprès d'être aussi louche qu'inquiétant, une sorte de déformation professionnelle made in SRN. Ouai, il avait déjà vu ça.
Avec le boss.
Ils arrivèrent à une bifurcation entre deux couloirs, et tournèrent à droite pour passer une lourde porte coupe-feu. L'ambiance changea radicalement. Ici, pas de lumière excessive, ni de carrelage impeccable. Juste du gris, de la presqu'ombre, et de la pourriture dans les coins. A l'image du docteur en charge, qui leur ouvrait la marche.
"-Il est toujours tout au fond?" Manda Fergusshon, sans se débarrasser de son agaçant sourire.
Clark haussa les épaules avant de répondre :
"-Oui. En septembre, nous avons voulu l'amener dans la A3, qui s'était libérée. Elle est bien mieux aménagée, et la lumière y est meilleure, moins artificielle.
-Et il n'a pas voulu." Compléta Alexey, souriant à son tour.
"-Ca on peux le dire, ah ! Il a cassé le bras d'un infirmier avec sa muselière."
Fergusshon fronça les sourcils avant d'attraper par l'épaule le docteur, obligeant ce dernier à faire une halte, pour se retourner.
"-Sa quoi?
-Oh, oui, pardon. Nous appelions comme ça le dispositif que nous avions créé pour...Vous savez, l'empêcher de mordre. Elle était en acier, il l'a enlevée et..."
Alexey intervint avant que l'autre vétéran ne se mette à massacrer le pauvre Clark.
"-C'est d'un ami dont vous parlez docteur. Soyez un peu plus respectueux.
-Oui bien sûr, mes excuses."
Sur le ton de la confidence, Mike Fergusshon ajouta :
"-Soyez beaucoup plus respectueux. Je n'ai besoin de rien, moi, pour vous casser un bras."
Court silence. Ils reprirent la marche.
"-Certes, de toute façon nous avons abandonné le projet, il finissait toujours par l'enlever. Ah, nous y voilà."
Alexey fourra sa main valide dans la poche droite de son trois-quarts pour en sortir une boite de comprimé antidouleur presque vide. Il en fourra deux dans sa bouche, puis fusilla du regard Fergusshon, qui l'observait d'un air amusé. L'ombre derrière-eux ne dit rien.
Clark frappa deux fois à la porte avant de cracher :
"-Tu as de la visite !"
De l'autre coté, le résident lui répondit en frappant à son tour, sans ajouter quoique ce soit. Le docteur haussa une nouvelle fois les épaules, tira le clapet de métal qui masquait la petite fenêtre de la porte puis céda sa place. Alexey s'avança pour scruter l'intérieur de la pièce, à la recherche de ce qui restait de son vieil ami.
Il le trouva facilement. Au centre de la salle. Occupé à fixer un point invisible, au plafond. Comme d'habitude, ses cheveux longs étaient emmêlés dans une tignasse improbable qui cachait une bonne partie de son visage. Une bonne partie, mais pas sa bouche. Non, pas sa gueule souriante, hérissée de crocs de requins.
"-Salut Alex."
Il avait dit ça sans quitter des yeux le plafond, comme d'habitude. Alexey n'en prit pas ombrage.
"-Salut Mendoza."

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"Je me présente, Carl Sorince, sarcastique, cynique, cruel et schyzophrène...Passons maintenant à mes points négatifs..."-Carl Sorince, auteur du roman "moi, mon reflet, mes photos et encore moi."

"Il est normal qu'un sale gosse comme moi soit devenu celui que je suis désormais...C'est à dire un tueur mieux placé et mieux payé que les types biens."-Carl Sorince à propos de lui-même.

"Mes gars...Mes exécuteurs...Sont pas des héros. Non, pas des héros...Et moi non plus d'ailleurs. Nous sommes bien mieux. Nous sommes des tueurs de héros."-Carl Sorince à propos des sanglots.
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MessageSujet: Re: 2560   Mar 20 Oct 2015 - 16:39

Fergusshon comme Alexey s'attendaient exactement à des retrouvailles de ce type. Pourtant, les minutes s'écoulaient plus lentement que jamais. Après s'être rapidement salués, les anciens membres de la sanglot, patient comme visiteurs, s'étaient murés dans un silence pudique, presque gêné. Alexey connaissait bien ce mutisme, principalement parce qu'il pouvait se targuer d'être venu plusieurs fois tenir compagnie au dément. En y réfléchissant d'ailleurs, le tireur d'élite était bien le seul bon samaritain à dénier faire ceci, mais, en même temps, sa vie, en dehors des moments où son esprit se perdait dans ses souvenirs, semblait...Disons...Bourrée de temps libre.
Comment en vouloir aux autres d'avoir oublié ce pauvre Mendoza en ces sordides lieux? Fergusshon était occupé au front, Mila, après sa dépression, s'était reconvertie en Sergent-Instructrice, sur Terre, sans parler de Joshua ou Elena... Jusqu'à maintenant, ils avaient tous eut autre chose à faire.
Sauf lui. Que de mélancolie.
Fergusshon s'éclaircit la gorge et brisa de nouveau le silence :
"-Doc'."
Ce dernier, qui se tenait quelques mètres plus loin, les bras croisés dans le dos, sursauta.
"-Vous avez déjà terminé?
-Filez-moi vos clés."
Nouveau silence.
"-Je ne..."
L'ombre dans le dos de Fergusshon fit craquer quelque chose, sa main sans doute.
"-Il vous le demande gentiment, saisissez votre chance.
-Tenez, voici les clés."
Quand Fergusshon se retourna vers la porte, les clés en main, il tomba nez à nez avec le visage du patient, collé contre la vitre. Un moment de flottement plus tard, ce dernier pencha sa tête sur le coté, sourit d'une manière peu naturelle, puis orienta son regard vers le docteur.
"-Et amènes-nous quelque chose à boire. Du café. Allez, allez."
Fergusshon écarquilla les yeux. Bien sûr, cette vue pouvait surprendre un homme peu averti et facilement impressionnable, mais pas lui. Ce n'était pas ça. Non, Alexey savait pourquoi ce pauvre balafré semblait si...Perdu. Accablé. Lorsqu'il avait ouvert la bouche, Mendoza n'avait pas usé de sa voix normale, non. Il l'avait modifiée, tordue. Pour que cette dernière devienne bien plus désagréable...Et nasillarde.
Pauvre gosse.
Le docteur s'éclipsa après avoir une fois de plus cédé à son tic de haussement d'épaule, et l'ancien tireur d'élite se surprit à espérer qu'il reviendrait effectivement avec une cafetière pleine.
Sa surprise passée, Fergusshon ficha la clé dans la serrure et tourna, l'instant d'après, ils entraient en file indienne. Tout les trois.
Le premier à mettre les pieds dans la "chambre" fut bien entendu Alexey, qui serra vigoureusement la main que Mendoza lui tendait avant d'aller se poser contre le mur le plus proche. Son comparse balafré suivit, fit de même, en ajoutant une tape sur l'épaule du patient, puis l'ombre entra.
"-Major."
Le tireur d'élite sut aussitôt qu'il se souviendrait toute sa vie de cette scène si étrange. Le major Max Kelrod serra lentement la main de Mendoza, qui s'était en même temps redressé dans une parodie de garde à vous. Pendant un court instant, l'interné ressembla de nouveau au gamin blasé, peu confiant et un peu perdu, qu'il avait été à ses débuts dans la sanglot...Puis son dos se courba bizarrement, et son air sérieux se mua en un sourire narquois dévoilant ses dents étrangement arrangées. L'atmosphère changea, et le visage impassible de Kelrod laissa entrevoir les esquisses d'un rictus de pitié.
"-Salut mon grand. Prends place, prends place."
Fergusshon risqua un discret coup d'oeil vers Alexey à ses cotés, sans chercher à dissimuler sa propre confusion. Le tireur d'élite secoua la tête et se frotta la nuque, comme pour faire disparaître cette sensation désagréable qui venait de lui parcourir l'échine. Peine perdue.
Bien évidemment, en y réfléchissant cinq minutes, toute cette histoire était courue d'avance. Mendoza avait toujours été le seul à désirer être droit. A tirer la sanglot vers le haut. C'était si inévitable, si fatalement logique, que lui, le bon petit soldat, l'antithèse même du boss, devienne le boss.
Ca c'était passé trois jours après que le corps sans vie et criblés de balles de Carl Sorince ait été retrouvé par les flics, dans une ruelle de Washington, au pied d'un mémorial dédié aux victimes de "la folie de Miller". Six heures seulement après que le corps faisandé d'Elena Sorince, anciennement Elena Sanders, ait été découvert par une Mila en larme.
Joshua était entré chez les Jenkins en défonçant la porte, puis avait décroché du plafond la corde que Mendoza avait noué autour de son cou, quelques instants auparavant. L'expert en explosif expliqua plus tard au reste de l'escouade comment ce pauvre gosse avait fondu en larme, en se maudissant lui-même, et en déclarant "que tout était de sa faute". De fait, c'était le cas.
Lorsque l'enquête débuta, le caporal déchu n'eut même pas l'idée de dissimuler sa culpabilité. Deux mois plus tard, il entrait de lui-même dans la voiture de police garée en face de son minable petit appartement, et avouait tout.
"Carl Sorince était un criminel de guerre, un meurtrier et un tortionnaire responsable de la mort de personnes qui m'étaient très chères. Je l'ai tué. Lui et sa femme. Avec un M6C SOCOM...Avec son M6C SOCOM...Et je ne suis pas foutu de m'en remettre."
La nouvelle fit la une des journaux pendant deux jours, puis sombra dans l'oublie. Mendoza eut le mérite de faire hausser quelques sourcils, et de nouvelles enquêtes sur la culpabilité de Sorince furent ouverte. Puis brutalement fermées. On interrogea plusieurs tête connues, dont le lieutenant-colonel Summers, qui démentit les dires de ce "pauvre vétéran s'étant manifestement perdu dans ses propres cauchemars". Le lieutenant Hordika, de son coté, plaisanta d'un ton pince sans rire : "Si Carl était fou, alors je suis schizophrène." Et le héros de guerre Mikhail Aleksandriovitch refusa tout bonnement de "répondre à ce genre de sottises". Cela dura quelques temps.
Jusqu'à ce que les anciens "amis" du défunt, officiant au SRN, décident que la plaisanterie avait assez durée.
Le dossier clos, les sanglots purent cesser de faire attention a leurs actes et reprirent un train de vie plus "habituel" tandis que Mendoza entrait pour la première fois dans la chambre où ils discutaient en ce moment-même.
L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais non.
Mendoza était réellement devenu fou.
Avant son enfermement et peu de temps après sa tentative de pendaison, alors qu'ils discutaient tous, dans un bar miteux, Fergusshon, en fumant une cigarette, avait retrouvé le caporal de l'escouade appuyé contre un mur, pleurant à chaude larme, visiblement en pleine conversation sensible avec quelqu'un qu'il avait appelé avec le téléphone publique callé contre son oreille. Un spectacle à première vue pas très intéressant, si l'on ne faisait pas attention aux détails. Fergusshon était rentré pour caqueter quelques paroles désobligeantes au sujet de la sensibilité de leur collègue, et Alexey l'avait bousculé pour sortir à son tour. Mendoza discutait toujours, assis par terre cette fois, le même téléphone en main. Derrière-lui, la borne, sur laquelle il avait prit l'appareil, voyait son petit écran afficher deux mots :
Hors-service.
"Je discutais avec le chef."
Bien sûr, la réponse attendue. La réponse la plus logique. La plus terrible.
Ils n'étaient pas des enfants de chœurs, aucun d'entres-eux. La souffrance des autres, des normaux, les faisaient sourires. Les sanglots haïssaient tout et tout le monde, et n'aimaient que leurs propres personnes. Les soldats attitrés de Carl Sorince, à son image. Des machines à tuer sanguinaires et perverses, peut-être pas l'arme la plus efficace de la lacrymosa, mais sans conteste la plus vicieuse. Non, ils n'étaient pas des enfants de choeurs.
Pourtant, la lente désintégration de ce camarade si "normal", si peu "sanglot", ne laissa aucun d'eux de marbre. Alexey, par la suite, se demanda souvent ce que ses autres collègues avaient bien pu ressentir à la vue d'un si pitoyable spectacle. De la peine? De la pitié?
Pour le tireur d'élite, qui ne considérait pourtant pas Mendoza comme un proche, ni même comme un vrai ami, ça avait été la peine. Il se demandait d'ailleurs encore pourquoi. "Il ne méritait pas ça" comme dirait les normaux. Peut-être était-ce tout simplement ça. Un sentiment d'injustice tellement puissant que ce dernier avait réussi à percer la carcasse de haine de la sanglot pour égratigner, d'une infime manière, son cœur pourtant si noir.
Bien sûr, en temps normal, ils n'auraient pas bronchés. Avec le boss, ils s'en seraient gaussés, Fergusshon et Joshua auraient blagués au sujet du pauvre caporal, avant d'être remit en place par Elena, qui n'aurait tout de même pas pu s'empêcher de pouffer au moment où Mila aurait éclatée de rire. Mais...Le boss et la liberté que ce dernier leur avait toujours offert n'était plus. Et, étrangement, cela avait fait remonté d'étrange sentiment au sein de chacun. Mila avait été la plus touchée, sans grande surprise. L'annonce de la mort de celui qu'elle vénérait, plus la découverte du corps d'Elena, l'avait amenée au bord du gouffre. Consciente qu'elle ne pourrait plus jamais faire ce qu'elle aimait tant sous les ordres d'un autre supérieur, l'infirmière s'était murée dans une dépression pour le moins... majeure qui continuait encore aujourd'hui de hanter ses nuits. Mila, désormais, ne ressemblait plus vraiment à la tueuse sadique et hypersexuée qu'elle avait été. C'était une femme sombre, au rire trop rare, qui épuisait son corps dans la pratique excessive du sport, et noyait son esprit sous des flots de comprimés d'antidépresseurs.
Joshua de son coté, avait été, bien entendu, touché par la mort du boss, mais plus encore par la lente descente aux enfers de Mendoza. L'expert en explosifs des sanglots fut le seul à ne jamais accepter le fait que le caporal avait atteint un point de non-retour. Bien entendu, ce fait ne l'empêcha pas de retourner au front, mais le "cas M.Jenkins" resta longtemps un sujet qui le tenait beaucoup à cœur, et qu'il abordait toujours avec un optimisme faisant sourire tristement son éternel comparse, Fergusshon. Alexey se doutait que le géant pensait encore que Mendoza pourrait guérir, au moment où un tir chanceux de carabine covenante était venu mettre fin à sa vie, en faisant exploser les grenades à sa ceinture.
Mike Fergusshon, pour finir, toujours en colère contre tout et tout le monde, se contenta de réagir à la disparition de son exemple comme d'habitude, en étant en colère contre tout et tout le monde. La mort de son grand ami Joshua Klern, en 2549, termina de le plonger dans une rage sanguinaire digne des heures les plus glorieuses de la sanglot, et il continua de se battre contre les covenantes, les rebelles et le parasite, jusqu'à ce que ses supérieurs décident que l'heure de la retraite était venue pour lui aussi.
Et elle était bien venue.
"-Qu'est-ce qui vous amène?" Lâcha Mendoza, de sa voix habituelle, en se dandinant jusqu'à l'unique fenêtre de la salle. "Vous m'excuserez, on a pas vraiment de quoi s'asseoir par ici..."
Alexey hocha la tête de manière compréhensive tout en observant Fergusshon lorgné sur le bas d'un mur, à gauche du lit. Il y avait des traces de griffures, du sang et les morceaux éparses de trois ongles humains arrachés.
"-Il paraît que tu ne te laisses pas faire ces temps-ci."
Le rire nasillard qui sortit de la gorge de Mendoza n'était pas le sien. Pas vraiment.
"-Moi? Non. Depuis que j'ai du café une fois par semaine et que le psy passe plus, je m'en tape. C'est le coco qui pète un plomb." Fergusshon haussa un sourcil tandis que l'interné secouait la tête de manière si brutale que sa nuque craquait.
"-Et pourquoi, il...Pourquoi tu pètes un plomb?"
La voix de Mendoza reprit une teinte normale :
"-Vous avez vu les nouvelles? La confirmation de...De Meridian? Vous avez entendu ces conneries?!"
Les lèvres du major Kelrod se retroussèrent dans un étrange rictus, et Alexey se passa une nouvelle fois la main sur le crâne :
"-117 est mort.
-Oui...Non!" Mendoza s'assit sur le bord de son lit, l'air sombre, visiblement abattu, et fixa le sol."C'est pas possible...Pas possible qu'il ait eut raison ici aussi...
-De quoi tu parles, mon vieux?"
L'intéressé releva la tête pour plonger son regard dans celui de son interlocuteur, Alexey, et répondit d'une voix tremblante :
"-On va crever sans lui, vous comprenez pas?!"
Les deux vétérans de la sanglots encore saints d'esprits échangèrent des regards interloqués pendant que Kelrod fixait la scène sans un mot. Il y eut un nouvel instant de flottement, puis l'ancien tireur d'élite tenta de raisonner l'irraisonnable :
"-Mais enfin Mendoz', la relève est là.
-Ouai, y'a la Crimson.
-Et la Majestic.
-Non, j'ai combattu aux cotés des deux escouades sur Requiem, et je t'assure que la Majestic vaut rien comparée aux gars des Crim..."
Mendoza le coupa, sans prêter attention aux ricanements de Kelrod.
"-Le chef l'avait dit. Il l'avait dit... "L'humanité va suivre tout ses soi-disant héros dans la tombe. Et l'énorme charnier qui en résultera deviendra notre plus grande création." Il l'avait dit...Il l'avait dit." L'aliéné ne se recroquevilla pas sur lui-même, pas plus qu'il ne tenta d'agresser ses visiteurs. Il se contenta de laisser quelques larmes couler sur ses joues en fixant tour à tour chaque personne présentes dans la pièce.
Alexey haussa les épaules et Fergusshon se gratta le menton. Cette phrase ressemblait bien aux discours pessimistes et profondément anti-humains que le boss crachait parfois, lorsque son esprit se focalisait sur autre chose que le meurtre de son prochain. A l'époque, ils auraient tous trouvés ça sensés, maintenant...Alexey n'en était plus très sûr. Les covenants n'étaient plus que l'ombre d'un empire brisé, les spartans, à l'inverse, semblaient plus nombreux que jamais. Certes, la disparition du héros de l'arche était une chose. Mais les héros ne sont pas immortels. Même lui. Surtout lui. Ce pauvre Mendoza débloquait vraiment.
"-Les gars."
Alexey orienta son regard vers l'auteur de l'injonction. Le major Kelrod.
"-Vous pouvez sortir, cinq minutes?"
Les deux vétérans de la sanglot acquiescèrent sans ajouter un mot, puis laissèrent l'aliéné et l'agent de l'ONI seuls.

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"Il est normal qu'un sale gosse comme moi soit devenu celui que je suis désormais...C'est à dire un tueur mieux placé et mieux payé que les types biens."-Carl Sorince à propos de lui-même.

"Mes gars...Mes exécuteurs...Sont pas des héros. Non, pas des héros...Et moi non plus d'ailleurs. Nous sommes bien mieux. Nous sommes des tueurs de héros."-Carl Sorince à propos des sanglots.
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MessageSujet: Re: 2560   Jeu 26 Nov 2015 - 12:50

Mendoza tiqua longuement. Il ne s'attendait pas à avoir un entretien privé avec le vieil ami du boss, et, surtout, ne l'avait jamais souhaité. A l'instar de Sorince, Kelrod et son regard froid lui avait toujours fait peur, et ça ne s'était pas arrangé depuis que ce dernier avait rejoint les rangs de l'ONI. Son fonctionnement faisait froid dans le dos, les ordres, la mission, avant tout. Une foutue machine.
Soudain, un éclaircissement. Une idée terrifiante traversa l'esprit de l'aliéné. La mission avant tout, pas vrai? Et si cette visite n'en était pas une, justement? Et si ce tueur sans âme était venu pour le descendre? Mendoza rentra sa tête dans ses épaules, frissonna une énième fois, puis tenta de faire abstraction du rire qui raisonnait à l'intérieur de son crâne.

De son coté, Kelrod était très calme. Comme d'habitude. Les bras croisés, l'agent observait d'un air détendu -et presqu'amusé- l'ancien caporal qui tentait de dissimuler sa peur grandissante. Sa seule présence était-elle devenue assez inquiétante pour que même les fous aient peur de lui? L'âge, sans doute. Ou les souvenirs de ce fou-ci.
Peut-être le mélange de ces deux faits.
D'un geste d'apparence anodine, le major porta sa main à sa montre et, subitement, toutes les caméras de sécurités du bâtiment cessèrent de fonctionner. Puis il s'approcha de Mendoza et déclara :
"-Je viens pas pour te descendre, rassures-toi.
-Je sais, mon grand." Répondit une voix nasillarde que Kelrod connaissait bien. Il sourit.
"-Tu n'es pas lui."
L'interné se leva pour se mettre face à son interlocuteur et le fixer de ses yeux aux bords rougeâtres. Si sa mâchoire n'avait pas été aussi carrée, et ses yeux aussi noirs, la ressemblance entre l'imitant et l'imité aurait été parfaite. Mais ce n'était pas le cas, malgré tout les efforts déployés.
"-Et qu'est-ce qui te fais dire ça?
-Il ne se serait jamais fait enfermer."
Court silence, l'hybride Jenkins/Sorince fit quelques pas dans la pièce et s'arrêta devant son unique fenêtre vers l'extérieur. Ses mains cherchèrent pendant une dizaine de secondes l'entrée des poches de son pantalon immaculé avant de finalement s'ancrées à l'intérieur. Kelrod haussa un sourcil sans rien ajouter.
"-C'est dingue hein? Ça fait des années que je suis là, qu'on me file les mêmes habits...Mais j'arrive jamais à choper mes poches du premier coup."
Le major ne se fatigua pas à alimenter la superficielle conversation. Son hôte à l'esprit brisé n'en prit pas ombrage et se contenta de fixer le monde extérieur à travers l'indestructible vitre. Son visage, jusqu'à maintenant tiraillé par de multiples tics nerveux, semblait détendu, exempt de tout stress. La contemplation de l'horizon lui rappelait ce qu'il avait été, avant. Tout ce qu'il avait été.
Un mari. Un père. Un soldat. Un imbécile. Un chien.

Son chien.

Sa face se déforma à nouveau dans un affreux rictus.
"-Qu'est-ce que tu veux, Kelrod?
-T'informer. Le docteur va recevoir un collier, Mendoza. Tu sais de quel genre de collier je parle."
Les tempes de l'interné s'enflammèrent. Il porta la main à sa bouche et se mit a trembler comme un enfant, les larmes aux yeux. Un collier. Non, pas un collier ! On avait arrêté leur production pourtant! Depuis le temps, ils auraient dû disparaître, tous ! Non, non, non. Le Boss avait déjà utilisé une de ces saloperies sur un prisonnier rebelle. Le pauvre type avait perdu toute mobilité. Ainsi paralysé, il n'avait rien pu faire lorsqu'on l'avait installé devant un miroir avant de le peler minutieusement.
Tout comme lui. Si le docteur mettait son plan à exécution.  Il ne pourrait rien faire d'autre qu'attendre la mort, enfermé dans son propre corps. Comment pouvait-on faire ça? Comment pouvait-on lui faire ça? N'avait-il pas assez souffert?!
"-Comment a-t-il obtenu cette saloperie?
-Mila. C'était soit ça, soit la mort. Mila s'est battue pour que ce soit le second cas."
Évidemment. L'ultime don de l'infirmière des sanglots, une vengeance sadique dissimulée sous des airs de bons samaritains.
"-Ce n'est pas par bonté d'âme qu'elle a fait ça, Major."
L'intéressé ricana.
"-Bien entendu, les sanglots ne font jamais rien par bonté d'âme. Pourtant, grâce à elle, tu auras la possibilité de mourir de vieillesse.
-De pourrir. J'aurais la possibilité de pourrir. On me nourrira par des tubes, coco." Pesta la voix nasillarde."Et c'est moi qu'on traite de monstre...
-Non, c'est lui."
Court silence, Mendoza se redressa un peu, renifla, puis poursuivit :
"-Et il est dans ma tête."
Bien sûr, même le fou savait que sa version des faits était entièrement faussée. Le Boss était mort, et nul fantôme ne s'était infiltré dans son crâne pour le dévorer de l'intérieur. C'était...Simplement...Sa propre personnalité, la sienne, celle de Mendoza Jenkins, qui avait fini par céder. Par devenir ce qu'il avait toujours détesté, exactement comme Carl l'avait prédit. En son fort intérieur, l'interné le savait. Il s'analysait souvent, dès que sa personnalité belliqueuse lui laissait le champ libre. Il le savait, mais ne pouvait rien y changer. Les choses étaient ainsi. Et elles allaient en empirant. Jamais en s'améliorant. "L'autre" était devenu pire que le vrai Carl Sorince. Il était devenu l'avatar même des pires cauchemars d'un homme. C'était un fou-furieux, en toute circonstance, une bête sauvage, l'inhumanité dans sa plus pure représentation. Lorsqu'il prenait le dessus, tout n'était que cruauté, douleur, torture, meurtre et sang. En toute circonstance, même dans le civil. Il ne disposait pas de l'arrogante retenue de l'original.
"-Vous ne regrettez jamais vos actions, Major?
-Ce serait contre-productif."
Mendoza ricana sans grande conviction.
"-Il aurait dit ça, lui aussi.
-Sans l'ombre d'un doute."
Mendoza fit brutalement volte-face et s'avança jusqu'à son interlocuteur pour l'attraper par les épaules. Kelrod resta de marbre, confiant, souriant même. Il n'avait pas peur. Non. Il le défiait.
"-Major, vous m'en voulez, de l'avoir tué?"
L'intéressé ne répondit pas.
"-Je ne veux pas qu'ils me mettent cette saloperie autour du cou. Je veux mourir en sachant encore qui je suis.
-Je peux comprendre ça. Mais il n'y a qu'une seule autre solution."
Kelrod était imperturbable. Son visage de marbre ne renvoyait désormais rien d'autre qu'une expression profondément détachée. Sa dernière déclaration, pourtant lourde de sens, ne l'affectait pas. Elle ne l'affecterait jamais. Cette façon de faire, de penser...Elle était aussi enviable qu'incompréhensible.
Mendoza hocha la tête.
"-Je sais."
Kelrod sourit l'espace d'un instant, puis effleura la montre attachée à son poignet. Il y eut un cliquetis, et les lumières sautèrent pendant une seconde.
"-Dans six minutes l'alarme quarantaine du bâtiment va se déclencher, ses principaux systèmes de sécurité et de surveillance vont sauter. Quelqu'un va entrer dans ta cellule huit secondes après la panne du générateur de secours. Il fera noir. Tu ne le verras pas. Mais lui, il te verra. "
Mendoza avala sa salive.
"-Merci.
-Quand je vais quitter cette pièce, la caméra au-dessus de ton lit va reprendre le travail. Essaie d'avoir l'air naturel." Ceci fait, Kelrod se tourna vers la sortie.
"-Ah et...Major...Une dernière chose?
-Oui?
-117...Il est vraiment mort?"
L'agent du SRN referma la porte derrière-lui. Les verrous s'enclenchèrent un à un dans un concert de cliquetis métalliques. Mendoza retourna s'asseoir sur son lit pour se prendre la tête entre les mains.
Et se souvenir.

***

C'était en 2542, ou peut-être 43?
La nuit était tombée depuis longtemps déjà, dans ce quartier à jamais sinistré de Washington. Il pleuvait à grosse goutte, et tout était silencieux. Tout ou presque. Dans la ruelle adjacente à la sienne, quelqu'un riait de manière hystérique. Ce rire, Mendoza le connaissait bien. Il avait l'impression de l'avoir entendu tout le long de sa putain de vie. Dans sa main gantée se trouvait un M6C SOCOM au canon fumant. Trois balles restantes dans le chargeur, trois balles. D'un pas décidé, le futur interné s'avança jusqu'à la scène finale.
Carl ne chercha pas à le fuir, au contraire même, son supérieur l'accueillit à bras ouvert et ne tressauta presque pas lorsqu'une nouvelle balle vint se loger dans son ventre déjà ruisselant de sang. Il tenta de pouffer une nouvelle fois, mais la douleur le fit vomir, alors le bourreau d'un millier d'âmes fit volte-face et continua sa marche, toujours plus hésitante.
"-C'est vous qui les avez tués. Je ne sais pas comment vous vous êtes débrouillés pour foutre ça sur le dos de ces pauvres cons, mais je sais que c'est vous."
L'intéressé dérapa sur le goudron humide, tomba à genoux et gloussa.
"-De quoi tu parles Mendoza...Ahah...Ouh." D'un geste peu sûr, il se remit sur pied et continua.
"-Pourquoi?!"
Bien sûr, Mendoza s'était juré de ne pas le faire parler. De faire la chose rapidement. De ne pas faire durer le plaisir comme lui l'aurait fait. Mais il voulait...Non, il devait savoir. Qu'importe les répercussions. Carl cracha quelque chose qui ressemblait à un morceau de viande rougie sur le sol, puis dérapa une nouvelle fois. Le choc fut plus violent, et son crâne heurta le goudron. Le tueur aux dents de requins grimaça de manière presque amusée, puis se mit à ramper.
"-Je ne vois vraiment pas...De quoi tu parles...
-Arrêtez de vous foutre de moi ! Dites-le ! Allez !
-Tu as bien retenu les leçons. Les tripes, c'est là où ça fait le plus mal." Continua l'autre, comme si Mendoza, désormais en larme, n'avait rien dit. Il s'assit finalement contre le mémorial dédié aux victimes de Washington, cracha du sang sur les fleurs déposées au pied, et se tourna vers son éternel accompagnateur.
"-Mais enfin, de qui tu parles?" La question avait été posée de manière totalement innocente, le visage même de son auteur, bien qu'imbibé de son propre sang, s'était modelé pour afficher une expression de franche-confusion. Mais son sourire était bien là, trahissant ainsi, une dernière fois, son amusement malsain.
Mendoza renifla et lui expédia la crosse du M6C dans la figure.
"-Britza, ma femme !" Un second coup suivit le premier."Mon fils !" Un troisième..."Ma fille !" Puis un quatrième.
Mais aucune douleur ne pouvait effacer ce sourire-ci.
"-Nous sommes à égalité alors, pas vrai? Elena..."
Nouveau coup.
"-Non, pas cette fois Carl, pas cette fois ! Fermes ta gueule ! Elle est morte à cause de toi. C'est toujours à cause de toi !"
Carl haussa les épaules en fouillant dans sa bouche pour attraper un morceau de dent cassé. Ceci fait, il daigna répondre :
"-Je ne me souviens pas avoir tiré sur ma belle.
-Je l'ai fais avec ton flingue. D'une certaine façon, c'est le cas."
Cette réflexion, cruelle, qui lui était venue toute seule, toucha peut-être son supérieur, mais le visage de ce dernier ne laissa rien filtrer. Rien du tout. Si ce n'est un sourire amusé.
"-Quel cruel animal tu fais là Mendoza.
-Je vais vous descendre, chef !" Gueula le concerné en posant le canon de son arme sur le front du blessé, qui écarta les bras en ricanant.
"-Bien sûr que non, tu ne vas pas le faire. Pas tant que je ne l'aurais pas avoué, pas vrai? Et si je ne l'avoue pas? Est-ce que tu vas être capable de me descendre quand même? Tu n'as rien d'incriminant contre moi, juste ton instinct. Nous savons tout les deux que, de toute façon, je n'aurais laissé aucune preuve pour remonter vers moi si j'avais été impliqué, alors tu veux me le faire avouer maintenant, pour te donner bonne conscience, pourtant j'ai déjà un pied et demi dans la tombe. Voyons Mendoza, c'est ridicule."
Mendoza grelota longuement, appuya un peu plus le canon encore chaud de l'arme sur le front de l'homme qu'il détestait le plus au monde, puis recula en pestant. La pluie au-dessus d'eux s'intensifia, et Carl accompagna les clapotis de l'eau par quelques éclats de rires douloureux qui firent frissonner son sous-fifre silencieux. Après un court instant de flottement, le tireur tenta d'ajouter quelque chose, mais sa victime blessée le coupa, comme à son habitude :
"-Quelle torture ce doit être, de ne pas savoir...De ne pas avoir la certitude...Ni les preuves. Tu vas aller en taule pour ça."
La crosse frappa au-dessus de l'arcade sourcilière et, cette fois-ci, Carl ne releva pas aussitôt la tête. Mendoza l'aida en le saisissant par la nuque, et colla son visage au sien.
"-Qu'est-ce qui te fais croire que j'en ai encore quelque chose à foutre? Il n'y a que les monstres comme toi qui désirent survivre après la disparition de tout ce qu'ils aimaient.
-Ah? Et qu'est-ce que je fais là, alors?"
Court silence. Carl tenta de se redresser une nouvelle fois, sans succès. Agacé, il repoussa son ancien acolyte et retourna s'asseoir contre le mémorial. Mendoza le laissa faire.
"-Ici...Ce sera...Parfait." Soliloqua le blessé en frottant son œil droit, à moitié fermé et injecté de sang. Son sourire n'avait pas quitté ses lèvres, malgré sa douleur, malgré l'imminence de sa propre mort. Son sous-fifre sanglota :
"-Dites-le chef...Pour l'amour de dieu, avouez. Faites quelque chose de bien, pour une fois dans votre vie !"
L'intéressé égara son attention dans la contemplation des bâtiments environnants. Ils étaient délabrés, sans vie. Les vitres étaient brisées, les portes enfoncées. Certains murs s'étaient affaissés. D'autres portaient encore les traces ancestrales du massacre ignoble. Plus personne n'habitait ici, à part quelques junkees en recherche de squat. C'est ce que la population et ses dirigeants avaient décidés, après le drame. Pour se souvenir. Oui, se souvenir.
"-Se souvenir...
-Quoi?"
Carl toussa deux nouvelles fois, douloureusement. Un inquiétant sifflement provenait de sa cage-thoracique.
"-Tu n'aurais pas pu trouver meilleur endroit pour..."Nouvelle quinte de toux, plus forte."...Pour ma scène finale. Tu te souviens des cris Mendoza? Tu t'en souviens?"
Bien sûr qu'il s'en souvenait. Comment oublier les implorations des femmes, les gargouillis pathétiques des manifestants agonisants et la cacophonie d'une centaine de fusils de guerres. Le veuf releva la tête, risquant un coup d'oeil en direction de son chef. Celui-ci avait le regard perdu dans le vague, son sourire toujours solidement ancré sur les lèvres. Ce foutu sourire, il l'aurait bien effacé, à coups de marteau et de burin si nécessaire.
"-Oui, je m'en souviens.
-Est-ce que...Ma Belle...Est-ce qu'elle a crié aussi?"
Mendoza ne faisait même plus attention aux larmes qui coulaient sans interruption sur ses joues.
"-Non. Non...Elle est partie sans souffrir...
-Ah...Et bien...C'est dommage...Aha...Ahaha...Ahahahahahah !"
Le caporal l'observa rire en pleurant, accroupi face à lui. Une minute s'écoula, puis une autre, mais le rire ne cessa pas. Carl ne voulait pas s'arrêter...Ou peut-être n'avait-il tout simplement plus la force? Son rire se mélangea à ses toussotements, soulevant sa carcasse ensanglantée de manière spectaculaire, ou terrifiante. A un moment, ses yeux se mirent à pleurer d'impressionnantes larmes de sang claires. Le boucan de la pluie ne parvenait pas totalement à couvrir ses éclats, qui raisonnèrent, de ruelles vides en ruelles vides, inarrêtable, comme lui. Sa bouche se mit à saigner abondamment au bout de la cinquième minutes. A la septième, son rire n'était plus qu'un sifflement désagréable, interrompu de temps à autres par un gargouillis de mauvaise augure. A la dixième, Carl Sorince était mort.
Sans cesser de sourire.

***

Mendoza avait l'impression que cette foutue alarme sonnait depuis des siècles. Pourtant, il le savait, cela ne faisait que quelques secondes. Les volets automatiques de sa fenêtre s'étaient brutalement refermés et la lumière avait disparut. Maintenant, l'esprit torturé tremblait sans discontinuer, incapable de garder un quelconque contrôle sur lui-même. De rage et de honte, il se mordit la lèvre inférieure en se levant de son lit. Le rire dans son crâne gagna en intensité.
"-Tu as peur Mendoza?" Cracha l'autre, moqueur.
Il lui répondit de vive voix, pourtant conscient que personne ne l'entendrait.
"-Tais-toi, je t'en supplie..."
Le rire, encore.
"-Après tout ce que tu as perdu, ce que tu as fais...A elle...Et à moi. Tu n'es pas foutu de quitter la scène dignement? Tu devrais prendre exemple sur moi, coco.
-Fermes-la !" Sanglota le fou.
Soudain, un grincement. Le bruit d'une vieille porte qu'on ouvre et qu'on referme derrière-soi. Puis, le silence. Plus d'alarme. Plus de rire. Rien. Une quiétude totale. Ses tremblements stoppèrent. Pendant un court instant, il crut entrapercevoir une silhouette dans le noir. Mais sans doute était-ce son imagination.
Étrangement, sa peur disparue aussi vite que ses tremblements. Là, dans le noir le plus complet d'une salle dédiée au maintien de la souffrance, Mendoza ressenti, l'espace d'un instant, une sérénité dont il n'avait pu que rêver, ces dernières années.
Puis quelqu'un d'autre que lui poussa un profond soupir, et ses tremblements reprirent.
"-Alex', c'est toi?
-Oui."
Cette voix, cette intonation. Oui. C'était Alexey. Mais pas celui qui était venu le voir tout le long de son séjour ici-bas, non. C'était le tueur Teretchenko, des sanglots. L'antipathique et peu sociable assassin. Celui qui ne parlait pas. Le bloc de glaçon sans âme.
"-Chassez le naturel..." Grinça celui qui était dans sa tête.
"-Je ne..."
Mendoza n'eut pas le temps d'expliquer à son ancien collègue qu'il ne lui en voulait pas, mieux, qu'au fond, il le remerciait de mettre fin à tout ça. Pas plus qu'il n'eut le temps de perdre le contrôle pour laisser l'autre se défendre et tuer. Au bout du compte, il n'eut même pas le temps de sursauter en ressentant le souffle dans son dos.  Et, après tout, ce n'était peut-être pas si mal.
Sa nuque craqua et son corps, raide, sans vie, s'affaissa aussitôt aux pieds de son assassin.
Alexey resta immobile six secondes, durant lesquelles il savoura de nouveau le goût du meurtre d'un des siens, reprenant vie à cause et grâce à ce poisseux nectar ayant enivré La Sanglot, pendant si longtemps. Puis, l'ancien tireur d'élite retira son masque à gaz à vision nocturne, fourra ce dernier dans la poche intérieur de son trois-quarts, et quitta la salle.

_________________
"Je me présente, Carl Sorince, sarcastique, cynique, cruel et schyzophrène...Passons maintenant à mes points négatifs..."-Carl Sorince, auteur du roman "moi, mon reflet, mes photos et encore moi."

"Il est normal qu'un sale gosse comme moi soit devenu celui que je suis désormais...C'est à dire un tueur mieux placé et mieux payé que les types biens."-Carl Sorince à propos de lui-même.

"Mes gars...Mes exécuteurs...Sont pas des héros. Non, pas des héros...Et moi non plus d'ailleurs. Nous sommes bien mieux. Nous sommes des tueurs de héros."-Carl Sorince à propos des sanglots.
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Carl Sorince
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MessageSujet: Re: 2560   Sam 28 Nov 2015 - 15:06

Rire de fin

Vendredi 13 octobre 2566, base d'opération militaire Deep Water, Mars.



"-La simulation commencera dans deux minutes, veuillez confirmer, agent Rosenwald."
Krieg vérifia le contenu de son M45-Législateur d'un air profondément ennuyé. La voix de l'ia du camp d'entrainement lui tapait sur le système, avec ses airs de secrétaires blondes écervelées. En sachant que chaque intelligence-artificielle choisissait consciemment leurs propres voix et apparence, il devinait aisément la personnalité sans saveur de celle-ci.
"-Une minute-trente, confirmez Agent Rosenwald."
L'intéressé enclencha le mécanisme de pompe de son arme avant de ricaner :
"-Mais oui chérie, je confirme. Sois gentille veux-tu? Mets des rebelles, j'en ai foutrement marre de casser des machines.
-Modifications en cours...Terminé. Ceci est désormais une simulation de combat urbain vous opposant aux insurgés. Une minute."
Krieg sourit de toutes ses dents en s'étirant. Ceci fait, il avança de deux pas...Et la simulation se lança.
Une ville en flammes se forma devant lui. Deux grands buildings, de facilement cent mètres chacuns, se démarquèrent du lot et ses sens affutés isolèrent les reflets des lunettes de deux snipers perchés en haut de la zone industrielle sur la gauche desdits immeubles. Il les marqua d'un clignement d'œil, son armure verrouilla leurs emplacements.
"-Votre objectif est la récupération de données stockées dans les serveurs du bâtiment marqué par votre HUD. Tout contact présents dans la zone est considéré comme hostile, bonne chance agent.
-Pas besoin chérie, tu le sais pourtant."
Les premières cibles n'eurent même pas le temps d'hurler. Ils étaient six, dont deux occupés à réparer un warthog. Ces types n'étaient pas vraiment sur son chemin, leur position semblait facilement contournable, mais...A quoi bon? Il enfonça la cage-thoracique du premier d'un coup d'épaule, tout en faisant vicieusement tourner la lame de son couteau dans l'orbite percée du deuxième. Leurs collègues sursautèrent en se rendant compte de l'attaque et tirèrent aléatoirement dans la zone, à la recherche d'une menace ayant déjà disparue. Après un court instant de flottement, l'assassin toucha l'épaule d'un des deux réparateurs et désactiva son camouflage optique.
"-Bouh."
Ces simulations n'étaient pas vraiment des humains, aussi réagirent-elles rapidement et sans peur. Leurs tirs précis se centrèrent sur sa silhouette avant même qu'il n'ait eut le temps de retirer sa botte du visage du deuxième réparateur. Le binôme rebelle restant fit feu dans une synchronisation parfaite. Aucun homme n'aurait pu ne serait-ce qu'espérer échapper à cela.
Dommage que lui non plus ne soit plus vraiment humain.
Le spartan Krieg Rosenwald bondit, passant littéralement au-dessus des tirs, et réduisit en bouillie les carcasses sans âme des simulations. A coups de poings.
Ceci fait, il se redressa et courut en direction de la zone industrielle, le sourire aux lèvres.

***

"-Il a l'air de s'amuser."
Le lieutenant-commandant Hopkins du SRN hocha gravement la tête sans quitter des yeux l'écran d'observation. Ce dernier renvoyait, pour l'heure, l'image de deux tireurs d'élites rebelles pendus par les pieds.
"-J'ai bien peur que nous tenions là l'origine de l'expression "s'amuser comme un petit fou", major."
Le Major Kelrod ricana en faisant craquer ses vieilles articulations et croisa les bras. Son collègue, de son coté, tenta de tirer l'unique chaise poussiéreuse de la salle jusqu'à lui sans trop faire grincer ses roues usées, dans la ferme attention de l'user pour se reposer.
"-Je n'ai jamais vu des simulations trembler autant.
-Vous devriez voir dans quel état j'ai récupéré les bleus-bites qui se sont battus à ses cotés."
Kelrod ne releva pas, trop occupé a examiner d'un œil critique l'avancée du spartan.
"-Il utilise la peur comme une arme à part entière, ça ne s'apprend pas."
Le lieutenant-commandant fit claquer sa langue d'agacement.
"-Ses méthodes sont pour le moins...Discutables.
-Mais efficaces.
-Si elles étaient révélées au grand jour, elles ne profiteraient clairement pas à notre réputation."
Le Major pouffa.
"-Sauf votre respect, mon lieutenant, cela fait plus de vingt ans que je travaille pour le SRN, et je n'ai encore jamais croisé un badaud qui ne pisse pas de trouille lorsqu'un de nos agents vient directement lui parler.
-Justement, ne pensez-vous pas...
-Là n'est pas la question, vous m'avez convoqué pour me demander si oui ou non je jugeais qu'il était assez bon pour intégrer nos rangs. Je vous répond en toute objectivité : Oui. Il serait parfait en pacificateur ou nettoyeur. Aucuns rebelles ne voudraient tomber sur...Ca."
Pour illustrer ses dires, il désigna un tas de photos dans un dossier ouvert, sur une table adjacente. La plupart n'étaient que des gros plans sur des tas de cadavres d'insurrectionnistes brulés vifs.
"-Oh, par l'enfer, refermez cette horreur !"
Kelrod s'exécuta en soupirant. Son supérieur se lissa la moustache et croisa les jambes, les yeux désormais rivés sur un point invisible, au plafond. L'écran d'observation ne semblait plus l'intéresser.
"-Nous avons besoin d'hommes qui réfléchissent sur le terrain, pas de bouchers sans cervelles.
-Vous oubliez son rôle dans les négociations avec la race Alien de classe "Ecorcheur".
-Certes, j'avais oublié ses penchants xénophiles."
Le lieutenant, persuadé que sa blague était irrésistible, partit dans un franc éclat de rire...Qui se stoppa bien vite lorsqu'il se rendit compte que sa bonne humeur n'était pas partagé. S'en suivit un court silence, uniquement brisé de temps à autres par les hurlements des simulations mises à mal par le spartan.
"-Bref, major?
-Lieutenant-commandant.
-Je vous donne mon accord, pour ce que ça vaut... Sa nouvelle armure est déjà en préparation de toute façon."
Hopkins se leva, épousseta sa veste d'apparat et serra rapidement la main du Major.
"-Merci mon lieutenant.
-Il n'y a vraiment pas de quoi, il semblerait qu'Akylides et vous aient déjà décidé à ma place.
-Nous n'aurions jamais osé, lieutenant-commandant."
L'intéressé se fendit d'un large sourire et vérifia qu'il avait bien mit sa casquette.
"-Si vous le dites... si vous le dites. Je vous laisse vous occuper des détails, je m'en vais réviser le texte de la conférence de 15h. Bonne journée Major."
Le lieutenant-commandant fit alors volte-face pour se diriger d'un pas tranquille vers la sortie, en faisant mine de ne pas avoir remarqué le sourire de satisfaction qu'affichait le Major Kelrod, derrière-lui.
"-Bonne journée, lieutenant-commandant."

***

Le sang sur ses gants s'évapora, de même que les organes recouvrant le tableau de bord sur lequel il pianotait, jusqu'à maintenant. Une sonnerie suraigüe se fit entendre, puis la ville entière disparue, comme par magie. L'agaçante voix de l'IA ne tarda pas à se faire entendre.
"-Félicitation Agent Rosenwald, c'est une réussite parfaite.
-Taux de létalité?" Manda aussitôt le spartan, en accrochant son fusil à l'attache-magnétique dans son dos.
"-100%. Félicitations, vous avez neutralisés les 264 cibles optionnelles et les deux objectifs secondaires.
-Merci, merci."
Satisfait, Krieg ricana, salua une foule inexistante puis se dépêcha de retirer son casque Recruit pour détacher sa queue-de-cheval faite à la va-vite. Ses cheveux -longs et noirs comme la suie- tombèrent aussitôt sur ses épaules. L'agent détestait cette armure, qui était, sommes toutes, exactement comme son ancienne. Malgré la force qu'elle lui conférait, cette sensation de lourdeur ne le quittait tout simplement jamais. Des années plus tôt, quelqu'un lui avait promit que "on s'y habituait vite".
Il attendait toujours.
"-Agent Rosenwald, veuillez quitter la zone d'entrainement."
Ledit Agent haussa un sourcil et leva les yeux au ciel.
"-Ca va, y'a pas le feu.
-Vous êtes attendus au bureau A-3.
-Par qui?
-Cette information ne m'a pas été communiquée."
Court silence. Il secoua la tête.
"-Ah, je me disais aussi... J'ai le temps de poser cette saloperie d'armure?
-Négatif agent."
Krieg pesta, secoua une nouvelle fois la tête, puis se dirigea -sans se presser- jusqu'à la sortie de la salle.

***

"-Entrez."
Le spartan vérifia dans le reflet de la fenêtre sur sa gauche que ses cheveux étaient bien arrangés, puis s'exécuta en tournant la poignée de la lourde porte. A en juger le poids, elle était blindée, vraiment, assez pour que même lui ait dû mal à l'enfoncer. Le proprio de ce bureau devait donc être un gradé quelconque, un type important. Ce qui impliquait soit une bonne nouvelle, soit une très bonne nouvelle.
En entrant, le spartan remarqua tout de suite que le type qui bossait ici n'était pas un amateur de décoration intérieure. La salle, pourtant suffisamment grande pour accueillir une grande famille d'élites en obésité morbides ne souffrait d'aucun étalage de tableau de mauvais goût, de photos de familles en triples exemplaires agrandies six milles fois, de papiers-peints tape à l'œil ou, bien pire encore, de diplômes encadrés.
De fait, il n'y avait que deux vrais meubles. Un bureau en bois massif, en plein centre, et une armoire avec vitrine ayant visiblement été peu entretenue ses dernières années. Le type ici n'aimait donc pas faire étalage de sa vie privée, ou de sa gloire passée...Ou même de sa présence physique...
Interloqué, le spartan balaya la zone du regard, à la recherche d'une forme humaine quelconque, sans succès.
Jusqu'à ce qu'une ombre se plante devant lui.
"-Krieg Rosenwald je présume?"
Le spartan se mit au garde à vous, instinctivement, en cherchant la signification du grade greffé à l'uniforme du type. Lieutenant? Sergent-chef? Hm.... Quelque chose comme ça.
"-Max Kelrod." Se présenta le gradé au visage ridé. "Major Max Kelrod. Repos soldat."
Soulagé, Krieg s'exécuta. "Major Max Kelrod" fit aussitôt volte-face pour aller s'asseoir à son bureau. L'agent l'observa faire, en analysant sa marche silencieuse. Un vieux loup de guerre, sans le moindre doute. Il dégageait cette aura...De létalité. Si spécifique aux tueurs expérimentés. Son boss, Akylides, avait la même...Enfin...En plus humaine. La démarche de ce type-là lui faisait penser à celle d'un robot. Peut-être en était-ce un? Ce ne serait pas si surprenant de la part du SRN.
"-A votre avis, pourquoi vous ai-je convoqué?
-J'ai bien une idée, mais cela me ferais aborder un secret à mot de passe.
-"Les fleurs de Washington"." Cracha le gradé d'un ton blasé en feuilletant négligemment un dossier sur son bureau.
Krieg, sourit et poursuivit.
"-Ma demande de participation à la refonte du programme Black Spartan a été retenue.
-Effectivement. Mais j'aurais très bien pu le confirmer par courrier.
-Alors je ne vois pas monsieur."
Kelrod se fendit d'un discret sourire et tourna une nouvelle page du dossier. Krieg haussa un sourcil et se gratta l'oreille droite.
"-C'est à propos de ma mère?
-D'un certain point de vue, oui. On peux dire que Mila est concernée."
Le spartan tiqua. Qu'est-ce que sa mère avait encore à voir là-dedans? Elle ne bossait plus dans la section-1 du SRN depuis des années! En plus, ce type l'avait appelée par son prénom, son vrai. Comment est-ce que...
"-Je connaissais chaque membre de l'escouade de ta mère. Même leur dirigeant."
Ouh. Krieg commençait à comprendre où tout cela allait mener.
"-Je crains que ce ne soit un sujet nécessitant un autre mot de p...
-"Camisole-vide"." Récita l'autre, de la même manière qu'il avait craché le premier mot de passe.
L'agent Rosenwald se pinça l'arrête du nez.
"-Vous voulez quoi?
-Baisse d'un ton mon garçon.
-Non.
-J'étais un ami de ton père."
Krieg garda le silence durant une longue minute. Kelrod passa le temps en continuant de feuilleter son dossier, sans pour autant afficher la moindre conviction. En fait, en y regardant de plus près, ses traits marqués par le temps ne semblait pas faits pour afficher quoique ce soit d'autres qu'un léger amusement ou une neutralité inhumaine.
"-Wow. Cool. Je suppose. Moi je l'ai vu une ou deux fois, en photos. De loin. Il s'était déjà fait descendre à ma naissance.
-Oui, c'est ce qu'à dit Mila...Que vous n'aviez pas beaucoup de souvenirs de lui." Le major désigna du menton l'unique autre meuble de la salle. "Regarde là-dedans."
Le spartan s'exécuta. D'un pas lent, ce dernier se dirigea jusqu'à la vitrine...Et plissa les yeux. C'était difficile de voir quoique ce soit à travers, à cause de la poussière mais...
"-La vitrine n'est pas fermée tu sais, ouvres-la."
Krieg ne se fit pas prier.
La première chose qu'il remarqua, ce fut le couteau de combat rangé dans son étui sur lequel était posé la plaque d'identification d'un certain John Freeman. Ensuite, son regard dériva vers le chargeur d'un sniper, vide. Là-aussi, une plaque, cette fois au nom de : "Jeff Collins".
Puis, deux cartouches de M45 TS...Encerclées par les chaines des plaques de son père : "Carl Sorince".
Officiellement, personne ou presque ne savait quel sang coulait dans les veines du jeune spartan. Le SRN et sa mère avait jugé bon de couvrir "l'écart" qu'avait commit son père, déjà en relation avec une autre, d'abord pour éviter un quelconque scandale, mais aussi -surtout- pour épargner au jeune Krieg d'avoir à supporter le poids du nom "Sorince". Car son père, de son vivant, s'était apparemment fait plus d'ennemis que d'amis. Personne n'était à l'abri d'une vendetta, surtout pas les proches d'anciens agents des services de renseignements.
Il effleura la plaque de l'index, comme pour vérifier que cette dernière n'était pas un mirage, un hologramme, ou un rêve. Krieg n'avait pas vraiment souffert de l'absence de son père, enfin si...Durant son adolescence, pendant quelques temps. Mais l'éducation de sa mère s'était révélée suffisamment efficace pour qu'il n'ait pas a regretter, trop longtemps, ce vide qui ne se comblerait jamais.
Pourtant, en voyant ce nom, le spartan ressentit une vague d'émotion terriblement désagréable.
"-Comme tu peux le voir, ton père avait les mêmes goûts que toi en matière d'armement."
L'intéressé sursauta en constatant que le Major s'était levé de son siège pour contempler l'intérieur de la vitrine avec lui.
"-Mais ce n'est pas ça que je voulais te montrer, regardes tout au fond."
Tout au fond, il y avait plusieurs photos. Et l'une d'elle attirait plus le regard que toutes les autres réunies.
En premier plan, quatre types en tenues militaires discutaient pendant qu'au fond, dans leurs dos, un vieux modèle de pélican s'apprêtait apparemment à décoller ou à atterrir. Krieg reconnut aussitôt le Major Kelrod, en plus jeune et en moins gradé, il se tenait droit, face à un type clairement plus grand et vieux que lui, au visage buriné et à la barbe naissante. A droite de ce dernier se trouvait un autre marines, encore plus grand, avec un fusil de sniper attaché dans le dos et une coupe franchement peu règlementaire, visiblement occupé à écouter les deux autres parler...Et, entre les deux parleurs, il y avait ce type, assis sur son sac-à-dos, aux cheveux bruns et longs arrangés de manière chaotiques et qui faisait apparemment signe aux photographes en souriant de toutes ses dents...
Qui étaient toutes pointues, comme celles d'un requin.
"-C'est...Hm...Mendoza, qui a prit la photo." Krieg ne réagit pas a l'entente de ce nom qu'il avait pourtant cent fois maudits, dans sa jeunesse. C'était celui du meurtrier de son père, celui d'une saloperie de malade. Cependant...C'était en partie grâce à ce nom qu'il se tenait là aujourd'hui. La haine était un puissant moteur, quasiment inépuisable. Elle aiguisait la férocité, affinait la précision, perfectionnait la cruauté...
Et la sienne s'était foutrement bien perfectionnée.
"-Comme tu t'en doutes, ce type là, c'est moi. Celui qui me parles, c'est notre formateur, à ton père et à moi, le major John Freeman. Le grand dadet, c'est Jeff Collins, avec qui on est entré dans les forces spéciales. Et là...
-C'est mon père." Compléta Krieg, sans détourner les yeux de la photo.
Le spartan comprenait maintenant pourquoi sa mère lui répétait si souvent "tu ressembles tellement à ton père", effectivement, c'était un fait, sur cette image, il avait l'impression de se voir lui, en plus maigre et au saut du lit...Et avec des dents de requins.
Le visage de Kelrod s'éclaircit l'espace d'une courte seconde, durant lesquelles il put afficher un sourire presque franc.
"-On partait à l'entrainement. Alors ton père avait décidé d'économiser ses forces en s'improvisant un siège avec son sac, il se faisait tout le temps reprendre par le major..."
Krieg sourit en se rappelant de toutes les fois ou ses instructeurs l'avaient surpris à tirer au flanc pendant les entrainements.
"-Qu'est-ce qui lui est arrivé aux dents?
-C'est lui qui s'est fait ça, avec une lime. C'était...Une arme de secours.
-Ah, pas mal, j'aime bien l'idée."
Le spartan ricana comme un gamin et souleva la photo pour la regarder de plus près. A coté du paquetage sur lequel son père était assit, il y avait un fusil à pompe à la crosse gravée grossièrement. On pouvait y lire "The Judge". Chouette nom pour un flingue, à retenir.
"-Gardes-la. J'en ai un double de toute façon." Mentit Kelrod en vérifiant sa montre.
"-Merci."
Krieg tiqua. Sa réponse était sortie trop rapidement, avec trop d'engouement. Hm. Voilà qui ne lui ressemblait pas.
"-C'est...C'est tout?
-Oui, peut-être bien." Répondit le major en se rasseyant pour continuer à feuilleter son dossier."Je crois que ton armure RECLUSE sera bientôt prête, tu devrais aller la voir. "
Le spartan hocha la tête puis se dirigea vers la sortie, les yeux toujours rivés sur la photo dans sa main. Cependant, sur le pas de la porte, un détail l'interloqua et il fit volte-face :
"-Hum, dites, je voudrais pas être indiscret hein mais...Vous avez l'air vachement plus...Petit sur la photo. Vous avez subi les améliorations spartans IV vous aussi, pas vrai?
-Bonne journée mon garçon." Répondit simplement le major, le nez dans son dossier.
"-Bonne journée major."
Krieg quitta la pièce.

_________________
"Je me présente, Carl Sorince, sarcastique, cynique, cruel et schyzophrène...Passons maintenant à mes points négatifs..."-Carl Sorince, auteur du roman "moi, mon reflet, mes photos et encore moi."

"Il est normal qu'un sale gosse comme moi soit devenu celui que je suis désormais...C'est à dire un tueur mieux placé et mieux payé que les types biens."-Carl Sorince à propos de lui-même.

"Mes gars...Mes exécuteurs...Sont pas des héros. Non, pas des héros...Et moi non plus d'ailleurs. Nous sommes bien mieux. Nous sommes des tueurs de héros."-Carl Sorince à propos des sanglots.
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